Remonter le temps grâce à l’IGN

L’Institut national de l’information géographique et forestière (anciennement baptisé Institut géographique national), communément nommé IGN, propose plusieurs outils en ligne pour observer la France.

Le portail national de la connaissance du territoire permet d’accéder à de nombreux fonds cartographiques et statistiques organisés selon des thématiques diverses : agriculture, culture et patrimoine, économie et statistique… Le dispositif “Remonter le temps” permet plus particulièrement de comparer et superposer plusieurs fonds de cartes : photographies aériennes, vues satellites, cartes anciennes et contemporaines (carte de Cassini, carte de l’état-major, carte IGN) etc.

Accessible librement et facile à utiliser, cet outil se révèle indispensable pour se plonger dans l’histoire moderne de Villeurbanne. Il permet d’étudier les changements opérés en l’espace d’un demi-siècle : les photos les plus anciennes datent de 1950-65, les plus récentes de 2017. Les ressources du site ont été mises à contribution pour l’écriture de plusieurs articles : pour constater les évolutions de la place Albert-Thomas, pour déterminer les dates de disparition des plaques apposées sur la frontière entre Lyon et Villeurbanne ou plus récemment la destruction des Bornes du Gymnase. Les vues aériennes ainsi que les photographies prises au cours des dernières décennies depuis 1938 (disponibles sous l’onglet télécharger) permettent de constater les mutations du paysage urbain. Plusieurs exemples sont particulièrement frappants, en voici cinq publiés pour la première fois sur Instagram en août 2019.

Les Gratte-ciel à droite, le cours Emile Zola dans la diagonale et décentré à gauche le « stadium » (en rouge sur la deuxième diapositive) identifiable entre mille. La construction de ce dernier fut entérinée en 1933, l’infrastructure fut livrée en 1949 et démolie au milieu des années 1960 après seulement quinze ans d’activités. À son emplacement se trouve aujourd’hui le parking de la maison du livre, de l’image et du son et de la salle Raphaël de Barros. Plus à droite, au croisement du cours Emile Zola et de la rue Anatole France, le grand carré (en jaune) correspond à l’emprise de l’usine Clayette-Bertrand investi au début des années 1960 par l’enseigne Carrefour. Presque toutes les autres usines ont disparu dans ce périmètre d’un kilomètre carré. À noter cependant l’étonnant anachronisme du quadrilatère Ollier-Zola-Lafargue-4 août (en bleu) au sein duquel subsistent de nombreuses constructions de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle (à l’instar du temple antoiniste).

Au confluent du cours Emile Zola et des rues Henri Rolland, Gabriel Péri, Bellecombe et des Emeraudes, l’ancienne place de la Bascule, aujourd’hui dénommée place Charles Hernu. Le nœud des Charpennes a fait l’objet d’un vaste réaménagement au début des années 1990 : l’immeuble “le Colysée” enserre la partie sud, les nouveaux immeubles dessinent un ovale (au même moment où disparaissait le rond de la place Albert Thomas autour du Totem). Vus du ciel, les angles aigus des anciens ténements restent lisibles. Beaucoup de maisons ont été détruites entre 1956 et 2017, années de prises de vue des deux photos. On distingue la « maison du bourreau » (en rouge) dans l’angle supérieur droit et le relais de poste à droite du Colysée (en jaune) réputé être – à tort ou à raison – l’un des plus anciens bâtiments de la ville. La frontière entre Lyon et Villeurbanne suit la diagonale à partir de l’angle supérieur gauche (en bleu), quatre plaques-frontières sont encore visibles sur cette portion du tracé.

De tous les quartiers de Villeurbanne, aucun n’a été autant transformé que la Doua en un demi-siècle. L’hippodrome (construit sous le Second Empire) et le camp militaire de la Doua cèdent leurs places à la fin des années 1950 à un vaste campus scientifique (université Lyon 1, INSA…). Seules quelques constructions autour de l’ancienne station radio-émettrice (en jaune) ont été préservées. Au sud, l’ancien quartier du Tonkin a été presque intégralement détruit, de nouveaux immeubles et aménagements publics sortent de terre au début des années 1970. Au nord, la zone de captage d’eau de la Feyssine est transformée in extremis en parc vers 2000 (un projet prévoyait l’édification là aussi d’immeubles). À l’est, la ville est ceinturée dans les années 1990 par le boulevard périphérique nord, le viaduc du Rhône surplombe le fleuve. Le paysage naturel est lui aussi soumis à des transformations : on constate la prolifération des arbres à la Feyssine, le déplacement des alluvions et le recul des îles naturelles.

Plusieurs repères permettent de comparer aisément les deux vues. Légèrement décentré, l’hôpital-hospice (en rouge) inauguré en 1907 est devenu un lycée un peu plus d’un siècle plus tard (l’une des plus extraordinaires réhabilitations du patrimoine ancien à Villeurbanne avec le Rize, l’Ecole Nationale de Musique ou l’Institut d’art contemporain). Dans le coin supérieur droit, le stade Georges Lyvet et le centre nautique Etienne Gagnaire ; à contrario du Stadium et de l’hippodrome évoqués plus haut, les structures liées à la pratique du sport sont souvent demeurées au même emplacement (autre exemple avec le stade Boiron Granger attenant au lycée). L’Astroballe a pris la place du fort militaire, le boulevard celle de la promenade plantée. Ces transformations permettent d’évoquer la densification extrême de la ville en soixante ans et l’artificialisation croissante des sols ; les projets de végétalisation et de couverture partielle du périphérique n’inverseront que très timidement cette tendance.

Un cinquième et dernier exemple frappant avec le quartier Flachet-Grandclément. Le développement de ce secteur est intimement lié à l’essor de l’industrie textile. Les terrains affiliés à la famille Gillet occupent plus d’un tiers de l’image. À l’emplacement des usines détruites en 1968, le quartier de la Perralière est sorti de terre. De ce vaste ténement ne subsiste aujourd’hui qu’un fragment (occupé par la miroiterie du Rhône), identifiable grâce à sa toiture en shed, promis à une démolition prochaine. En lien avec les usines Gillet, on peut facilement identifier grâce aux vues aériennes les immeubles ouvriers de la rue Camille Koechlin (1893) à gauche et rue Pierre Caccard en haut (1939). En jaune, l’emprise de l’usine J.-B. Martin, productrice de velours et de peluche, dont l’activité cessa en 1976. Grâce à la mobilisation des habitant.es du quartier, un parc est créé sur les terrains de l’usine plutôt qu’un vaste complexe immobilier voulu par la municipalité, l’ancienne demeure de la direction – seul vestige de l’usine – est rénovée, elle accueille aujourd’hui la maison des aînés.

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